Joséphine TILLY " FIFINE ", née le 18 juin 1921 à Bégard, était la fille de François Marie TILLY et de Marie Alexandrine LE GUYADER.
Après guerre elle épousera Pierre LE MANACH, le couple exploitera une minoterie au bourg de Belle-Isle-en-Terre jusqu'en 1962, puis un magasin d'antiquités rue de Paris à Morlaix jusque en 1988. Deux enfants naîtront de cette union : Yolande et Robert.
Sa maman Madame Marie Alexandrine TILLY née LE GUYADER, née le 18 mai 1896 à Bégard, fille d'Yves Marie LE GUYADER et de Marie Yvonne CONNAN, épouse de François Marie TILLY, fut avant guerre une femme connue de tout le monde dans le Trégor et l'Argoat, comme le disait FIFINE : " ma mère c'était un chef " elle était masseuse, plus communément appelée rebouteuse, on l'appelait la dame de Botlézan " Nitron ar Botlézan ", on faisait appel à ses services pour les bobos les plus divers, manipulant et soulageant les personnes, mais également les animaux, exerçant sa profession les jours de marché à Lannion.
Dès l'arrivée de l'armée d'occupation allemande en juin 1940 ayant perdu son fiancé et ses deux frères à la guerre de 1914-1918, elle n'eut qu'une idée en tête : faire tout pour chasser l'occupant, résister dès que l'occasion se présentera, ce qui ne tardera pas à se produire.
Deux affaires vont bouleverser la vie de la famille TILLY.
En juin 1940, deux soldats anglais Harry POOL et Donald CAMPBELL, n'ayant pu être évacués du Réduit Breton vers l'Angleterre avant l'arrivée des Allemands sont recueillis par les familles LE GAC et LE COZANNET, cultivateurs à Langoat.
Le 29 septembre 1941, un avion anglais le " Bristal Blenheim " en détresse fit un atterrissage forcé sur la plage de Saint-Efflam en Saint-Michel-en-Grèves, l'équipage se cacha dans une cabine de plage, les trois aviateurs : Francis REECE, 23 ans, Néo-zélandais, James APPLEYARD, 28 ans, Canadien, Henry SMYTHE, 25 ans, Irlandais, échappant aux recherches des autorités d'occupation, ils furent recueillis et mis en sécurité par les familles de SAINT-LAURENT et LE DUC de Saint-Efflam.
Possédant une voiture pour exercer sa profession, Madame Alexandrine TILLY, aidée de ses deux filles Yvonne et Joséphine, participèrent dans un réseau d'évasion d'aviateurs alliés " la bande à Sidonie " à la mise en sécurité, l'hébergement et le transfert des aviateurs et soldats avant leur évacuation vers Nantes dans le but de rejoindre l'Angleterre.
Suite à une série d'arrestations à Nantes et à des maladresses des militaires alliés qui furent arrêtés à Nantes, porteurs de photos prises dans le Trégor. Le 5 mars 1942, entre 7 et 8h, deux membres de la police civile allemande et un militaire allemand ont procédé à l'arrestation de Madame Alexandrine TILLY et de sa fille Yvonne au domicile familial de Botlézan en Bégard étant accusées " d'être venues en aide à des aviateurs alliés ", accusation punie par la peine de mort. Elles furent conduites à Guingamp, puis à la maison d'arrêt de Saint-Brieuc et enfin à celle de La Santé à Paris en attente d'être jugées.
S'en suivirent une série d'arrestations, une vingtaine dans le Trégor à Bégard, Cavan, Saint-Efllam, Langoat, La Roche-Derrien, Paimpol, Kérity.
FIFINE échappera à l'arrestation étant à cette époque en stage de formation d'infirmière à l'hôpital Cochin à Paris.
Le 17 juillet 1942, devant le tribunal militaire allemand du Gross Paris, elles furent jugées avec une vingtaine d'autres personnes originaires du Trégor à l'Hôtel Continental 11 rue Boissy-d'Anglas Paris 8ème. Défendues par des avocats allemands. En aucun cas les avocats français étaient autorisés à assurer la défense de détenus devant les tribunaux militaires allemands. Ce fut un des plus grands procès impliquant une dizaine d'autres personnes de la région de Nantes ayant apporté leur aide aux militaires alliés ayant transité par le Trégor.
FIFINE ira à Paris pour tenter de voir sa mère et sa sœur mais en vain, elle ne put pénétrer dans le tribunal, l'avocat ne sera bien sur pas présent malgré qu'il empochera tout de même la somme de 4000 francs que lui avait remis de main à main FIFINE à Saint-Brieuc (*).
Ouest-Eclair seul journal autorisé à paraître par les autorités d'occupation en date du 13 et 14 juillet 1942 titrait à sa une : " Trente bretons comparaissent devant le tribunal militaire allemand pour avoir héberger des aviateurs anglais ".
(*) salaire mensuel d'un ouvrier à l'époque 800 francs.
Après jugement Madame Alexandrine TILLY fut condamnée à 5 ans de réclusion en Allemagne, sa fille Yvonne sera condamnée à 12 mois de prison, n'effectuant que 10 mois de cette peine à la prison des Hauts-Clos de Troyes.
Madame Alexandrine TILLY sera transférée le 9 janvier 1943 en partance pour l'Allemagne, classée " NN ", " Nacht und Nebel ", " Nuit et Brouillard ", c'est à dire appelée à disparaître, elle fut emprisonnée successivement dans les prisons d'Aix-la-Chapelle et de Breslau avant de rejoindre le camp de concentration de Ravensbrück en Allemagne, enregistrée sous le matricule 78257. Elle aidera par ses massages à soulager de nombreuses déportées.
Devant l'avancée des Alliés le camp est évacué en direction de Mauthausen en Autriche. Elle y décédera le 5 avril 1945 à 49 ans, quelques jours avant la Libération du camp.
Une plaque commémorative fut mise en place par l'ANACR sur la maison de la famille TILLY où furent arrêtées Madame Alexandrine TILLY et sa fille Yvonne à Botlézan en Bégard, la rue d'accès à la maison porte également son nom.
Dans cette affaire 3 hommes furent condamnés à mort, transférés en Allemagne, ils furent décapités à Cologne :
- l'abbé Jean-Baptiste LEGEAY de Pléhedel, directeur d'un établissement scolaire religieux, exécuté le jour de son anniversaire le 10 février 1943,
- Georges LE BONNIEC, garagiste à Lanvollon et André MARCHAIS, receveur des postes à Lanvollon, tous les deux exécutés le 20 octobre 1942.
8 personnes furent condamnées à la réclusion en Allemagne se traduisant par la déportation en camp de concentration, dont 3 hommes et 5 femmes :
- Les 3 hommes moururent dans les camps de la mort : François LE GAC, cultivateur à Langoat, Jean L'HENORET, huissier à La Roche-Derrien et Emile TANGUY, ouvrier agricole à La Roche-Derrien.
- 3 femmes subiront le même sort : Alexandrine LE GUYADER épouse TILLY, rebouteuse à Botlézan en Bégard, Marie d'AFFRAY de la MONNAYE veuve de SAINT-LAURENT de Saint-Efflam, et Marie LE GUILLOU veuve LE COZANNET cultivatrice à Langoat.
- 2 autres femmes déportées revinrent des camps de la mort Madame Françoise ALLAIN, institutrice à Langoat et Madame Anne LE DUC de Saint-Efflam.
Après guerre, François le mari de Madame Alexandrine TILLY ne supportera pas la disparition de son épouse, il en mourra de chagrin.
Avoir " vu " sa maman et sa sœur arrêtées, FIFINE n'eut elle aussi qu'une idée en tête, rejoindre la Résistance, Résistance qui était à cette époque à l'état embryonnaire.
C'est par l'intermédiaire d'Armand TILLY, notre ancien président décédé en 2011 qu'elle intégra en octobre 1943 les FTP ceux que l'on appelait les patriotes de la compagnie " La Marseillaise " comme agent de liaison sur le secteur de Louargat - Saint-Eloi - Pluzunet. Côtoyant au maquis ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n'y croyaient pas
Après la Libération du département elle continuera le combat avec ses camarades dont une autre femme de Louargat Angèle LE VEZU, en allant sur le Front de Lorient contenir les troupes allemandes retranchées, elle fut responsable du service sanitaire au sein du 15ème bataillon FFI commandé par Léon RAZUREL.
Il lui fallut soigner les blessés, ceux atteints par la galle, ceux envahis par les poux, remonter le moral de certains, jeunes pour la plupart, vivant dans des conditions sanitaires épouvantables, mal habillés, mal nourris, sous équipés, craignant sans cesse les tirs de fusants. Durant cette période du Front de Lorient, 120 jeunes du département y trouveront la mort.
Le 28 octobre 1944, elle était présente à Nostang le jour de la grande offensive allemande qui fit de nombreux morts et blessés, participant in extremis à l'évacuation des blessés.
Elle refusa de se replier avec son matériel tant qu'elle n'eut la certitude qu'aucun blessé ne resta derrière elle. Elle fut en effet la dernière à franchir le pont de Nostang avec sa charrette et son matériel médical, provoquant l'admiration de ses camarades. Ce même jour un obus tomba à proximité de son infirmerie, FIFINE fut blessée. Sa camarade et amie Marie-Louise PELISSIER fut tuée. FIFINE fut soignée, rétablie, rejoindra ses camarades sur le Front de Saint-Nazaire.
FIFFINE parlait souvent avec émotion de son camarade Roger MADIGOU de Louargat fusillé par les Allemands le 6 mai 1944 à Ploufragan, elle le côtoya sur les bancs de l'école.
FIFINE aura résisté jusqu'au bout durant sa vie, elle fit paraître en 2011 un article dans le journal local Le Trégor pour demander au maire de Lannion de ne pas nommer une rue de la ville au nom du comte Anatole Rogon de CARCARADEC maire Vichyste de Buhulien durant l'occupation, ce qui d'ailleurs participera au renoncement du maire.
FIFINE était également intervenue en 2014 auprès du maire de Lannion pour que l'ANACR puisse intervenir devant le monument des Martyrs de la Résistance à Servel, comme elle le fit durant 50 ans. Elle s'était profondément sentie humiliée par cet affront fait à l'ANACR. Elle fut d'ailleurs souvent présente à la cérémonie.
Prouvant ainsi que la Résistance est un combat de tous les jours et d'actualité.
FIFINE était fière d'avoir appartenu, à cette armée du peuple que furent les FTP.
Il fut attribué à titre posthume à Madame Alexandrine TILLY, le grade de Chevalier de la Légion d'Honneur.
Pierre LE MANACH, FIFINE et sa sœur Yvonne reçurent la même distinction.
Tel fut le destin hors du commun des familles TILLY et LE MANACH.
C'est grâce à ces Résistants que nous pouvons aujourd'hui vivre dans un monde relativement en paix et en liberté.
C'est grâce à ces Résistants qu'après la guerre nous pûmes vivre dans l'espoir d'un monde meilleur par l'application du programme du Conseil National de la Résistance aujourd'hui si malmené.
FIFINE est décédée le jeudi 12 février 2015 à Morlaix à 94 ans.
FIFINE était restée une fidèle adhérente de l'ANACR.
" J'ai eu la chance de côtoyer FIFINE pour qui j'avais une profonde estime et affection, souvent nous nous appelions au téléphone, me connaissant depuis que bébé j'étais allé avec ma mère rendre visite à mon père sur le Front de Saint-Nazaire en 1945, elle était très liée à mes parents. Je crois lui avoir procuré un grand bonheur en participant à l'écriture des cahiers de la Résistance populaire avec mes amis Alain PRIGENT et Pierrot MARTIN, cahiers qu'elle diffusait autour d'elle ".
Après le décès en 2011 d'Armand TILLY, FIFINE acceptera de prendre la présidence du comité de l'ANACR de Lannion.
Ses obsèques ont été célébrées en l'église de Bégard le jeudi 19 février.
Elle repose dorénavant dans le caveau familial de la Crypte sous la chapelle du cimetière de Locmaria en Belle-Isle-en-Terre aux côtés de son époux et des membres de la famille LE MANACH. L'ensemble étant la propriété des descendants des familles LE MANACH et MOND.
Serge TILLY vice président du comité de Lannion de l'ANACR a pris la parole pour honorer sa mémoire et retracer le parcours hors du commun des familles LE MANACH et TILLY.
Sources : Archives Départementales de Saint-Brieuc, Archives de l'ANACR, Archives FMD22.
Serge TILLY
Vice président du comité de l'ANACR de Lannion
Après guerre FIFINE épousera Pierre LE MANACH.
Pierre LE MANACH, né le 18 mai 1921 au moulin du Loc'h-Du en Louargat. Engagé volontaire dans l'aviation, sous les drapeaux de février à septembre 1940.
Démobilisé, Pierre LE MANACH projeta de rejoindre les Forces Françaises Libres du général de GAULLE à Londres.
Dénoncé par la femme d'un milicien de la Bezen Perrot, il fut arrêté le 29 janvier 1941 par des gendarmes allemands pour avoir projeté de partir en Angleterre rejoindre les Forces Françaises Libres du général de Gaulle, accusation punie par la peine de mort.
Le 29 avril 1941, il fut jugé et condamné à la peine de mort par le tribunal militaire allemand siégeant à Brest, il vit sa peine commuée en 5 ans de réclusion effectuée à la forteresse de Karlsruhe en Allemagne.
Le 5 avril 1945, il fut libéré par les alliés et décédera en 1969 des suites de sa déportation.
Pierre LE MANACH était le neveu de Maï MANACH ou Lady MOND de son vrai nom Marie LE MANACH, devenue anglaise après son mariage avec sir Robert MOND de confession juive, chimiste anglais surnommé " le roi du nickel ". Lady MOND demeura durant l'occupation allemande à Belle-Isle-en-Terre du fait que son château de Coat-Noz en Loc-Envel était occupé par l'armée d'occupation, âgée de 76 ans, elle fut arrêtée par la police de Sûreté allemande le 31 mars 1944, soupçonnée de financer une organisation de Résistance et incarcérée à la maison d'arrêt de Saint-Brieuc. Le 28 avril 1944, elle pris le train pour Paris accompagné par la femme du maire de Belle-Isle-en-Terre Joseph LE MANACH frère de Lady MOND, elle fut assignée à résidence dans son hôtel particulier de l'avenue d'Iéna à Paris.
Il fut attribué à titre posthume à Madame Alexandrine TILLY, le grade de Chevalier de la Légion d'Honneur.
Pierre LE MANACH, FIFINE et sa sœur Yvonne reçurent la même distinction.
Tel fut le destin hors du commun des familles TILLY et LE MANACH.
C'est grâce à ces Résistants que nous pouvons aujourd'hui vivre dans un monde relativement en paix et en liberté.
C'est grâce à ces Résistants qu'après la guerre nous pûmes vivre dans l'espoir d'un monde meilleur par l'application du programme du Conseil National de la Résistance aujourd'hui si malmené.
FIFINE est décédée le jeudi 12 février 2015 à Morlaix à 94 ans.
FIFINE était restée une fidèle adhérente de l'ANACR.
" J'ai eu la chance de côtoyer FIFINE pour qui j'avais une profonde estime et affection, souvent nous nous appelions au téléphone, me connaissant depuis que bébé j'étais allé avec ma mère rendre visite à mon père sur le Front de Saint-Nazaire en 1945, elle était très liée à mes parents. Je crois lui avoir procuré un grand bonheur en participant à l'écriture des cahiers de la Résistance populaire avec mes amis Alain PRIGENT et Pierrot MARTIN, cahiers qu'elle diffusait autour d'elle ".
Après le décès en 2011 d'Armand TILLY, FIFINE acceptera de prendre la présidence du comité de l'ANACR de Lannion.
Ses obsèques ont été célébrées en l'église de Bégard le jeudi 19 février.
Elle repose dorénavant dans le caveau familial de la Crypte sous la chapelle du cimetière de Locmaria en Belle-Isle-en-Terre aux côtés de son époux et des membres de la famille LE MANACH. L'ensemble étant la propriété des descendants des familles LE MANACH et MOND.
Serge TILLY vice président du comité de Lannion de l'ANACR a pris la parole pour honorer sa mémoire et retracer le parcours hors du commun des familles LE MANACH et TILLY.
Sources : Archives Départementales de Saint-Brieuc, Archives de l'ANACR, Archives FMD22.
Serge TILLY
Vice président du comité de l'ANACR de Lannion
D'après le témoignage de François TILLY l'époux d'Alexandrine :
" Quelques jours après l'arrestation de mon épouse et de ma fille Yvonne, un avocat (*) entra en contact avec moi pour me proposer d'assurer la défense de mon épouse et de ma fille Yvonne.
Vers le 15 mars 1942, je me suis déplacé à Saint-Brieuc le voir.
Quatre jours plus tard, je reçus une lettre de cet avocat m'expliquant qu'il allait se déplacer à Paris pour appuyer le dossier, il me réclama la somme de quatre mille francs que j'ai envoyé immédiatement (**).
Cet avocat savait pertinemment qu'il ne pouvait rien faire ".
D'après le témoignage d'Yvonne TILLY fille d'Alexandrine :
" L'avocat allemand commis pour ma défense et celle de ma mère me déclara que l'avocat lui aurait écrit pour confirmer qu'il viendrait me voir, il ne vint jamais me voir à la maison d'arrêt de La Santé.
L'avocat allemand ne reçu de cet avocat aucun élément utile au dossier ".
(*) accrédité par les autorités d'occupation pour défendre les détenus politiques.
(**) salaire mensuel d'un ouvrier à l'époque 800 francs.